Course à pied

Récit d’un ultra traileur

 Sports Analyse a débuté sa web aventure par la présentation de la course la plus difficile au monde:

Le  TOR DES GEANTS 2016.

En ce début d’année 2017, nous vous offrons  le privilège de vivre l’aventure de l’intérieur par le récit de Sébastien Martin, ultra trailer – entraineur.

Cette aventure est le défi d’une vie. Les difficultés et les émotions se succèdent au rythme de la course. Durant 5 jours et demi, Sébastien nous raconte son rêve. Bonne lecture.

 

 

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Nous arrivons à Courmayeur en Van le samedi en début matinée, on s’installe dans un petit camping sympa afin de manger, faire une petite sieste et surtout préparer l’assistance avec Chris (ma femme) et les enfants de façon à voir les itinéraires possibles. On a prévu de se retrouver sur 9 points de ravitaillement :

– La Thuile après 18,6 km
– Valgrisenche 1ère base de vie à 50km
– Eau Rousses après le 1er 3000 à 81,4km
– Cogne 2ème base de vie à 106,2km
– Donnas 3ème base de vie à 151,3km
– Gressoney 4ème base de vie à 205,9km
– Champoluc à 221,8km
– Valtournenche 5ème base de vie à 239km (remplacé par Oyace à 274km) – Saint Rhémy en Bosses à 308,6km
– Et Courmayeur après 338,6km. La délivrance !!!!

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Je prépare le sac de course avec le matériel obligatoire, les différentes caisses et  le sac de base de vie, afin que ma femme ait tout sous la main.

Direction le Forum Sport center de Courmayeur pour récupérer le dossard et la vérification de matériel. D’ailleurs, leur façon de faire est originale : on tire au sort 3 papiers sur lesquels est inscrit un élément du matériel à présenter avec les chaines qui sont obligatoires.
Pour moi, ce sera : la veste, le sur pantalon et les gants. Contrôle réussi. Retour au van, remplissage et dépôt du sac de vie.

Le briefing  de la course se fait en français, en italien et en anglais dans une ambiance assez détendue. Retour au camping, dernier repas tranquille en famille avant d’être séparé.

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Dimanche 11 septembre: Jour du Départ.

 

La nuit fut très bonne. Je me lève à 7h pour un départ à 10h le temps de prendre une bonne douche et préparer les derniers éléments pour la course. Petit dej avec un bol de café et gâteau sport.

9h direction Courmayeur (15mn de voiture).

Direction la lignée de départ avec l’impatience de prendre le départ mais aussi la peur de la difficulté et de savoir si je vais aller au bout de cette course hors norme….

9h59 musique pour annoncée le départ, tout le monde a le sourire et s’encourage..

10h00 feu… C’est parti dans une grosse ambiance, des frissons avec toutes ces personnes qui nous applaudissent…

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On traverse la rue commerçante de Courmayeur puis une longue descente sur la route à une bonne allure. On attaque la première montée dans un petit chemin très raide dans une forêt qui va nous mener au Col Arp à 2571m. Il fait très beau et la température commence à monter. Arrivée à une centaine de mètre du col, on entend le public avec les grosses cloches de montagne retentir. Au somment on est applaudi par des dizaines de personnes et on entend « brava, bravi », bref ça fait du bien au moral après déjà 1350m +. Passé le col, c’est parti pour plus de 1000m de descente avant de pouvoir retrouver Chris et les enfants. Tous les voyants sont au vert.

J’arrive vite à La Thuile où je prends le temps de remplir les gourdes, mange un peu et je repars vers les deux premiers cols à plus de 2800m.

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La montée au Col du Passo Alto se passe bien. Ça monte progressivement avec le temps qui commence
à se couvrir entre alternance de soleil et de goûtes. La montée au col Crosatie à 2829m est plus difficile avec un petit peu plus de fatigue. Je prends le temps de m’alimenter. Nous passons le col sous une pluie fine. Je m’arrête pour mettre la veste et un bonnet car le vent souffle. J’essaye de ne pas traîner à franchir le sommet car il fait vraiment froid. Puis 1350m de descente pour aller à Planaval. Dernier ravitaillement avant d’arriver à la première base de vie.

J’arrive vers 23h à Valgrisenche après 52km et déjà plus de 13h de course.

Je retrouve Chris et je prends le temps de manger: pâtes, blanc de poulet et banane. Je me change afin d’attaquer la nuit.
Je n’envisage pas de dormir sur cette première nuit. Je repars après environ 45’ de pause. La montée au refuge Chalet de l’Epée se passe assez bien malgré un début de mal de ventre. Je me pose un peu et repars 15’ plus tard. La montée au Col Fenêtre (2854m) se fait sur un petit chemin minéral. A 250m du sommet, je sens que ça ne va pas (nausée). Je m’assoie sur un rocher et je vomis le repas de la base de vie. Le calvaire ne fait que commencer !!! Ca se reproduira 2 fois.
Je décide de me mettre dans un coin au bord du chemin entre deux rochers, je sors la couverture de survie et m’enveloppe afin de me réchauffer et attendre que ça passe….
A chaque fois qu’une personne ou un groupe passait devant la couverture, on me demandait si ça allait.  Je leur répondais « oui, oui ça va passer !!! »
J’étais à peine à 30’ du refuge. Je me suis dit je vais arrêter et redescendre au chaud !!!
Au moment où je décide de repartir, je croise deux français dont l’un était dans le même état que moi. L’un d’eux me donne 4 petites pastilles de sel et des fruits secs et il me dit « Bouge- toi !!! Sinon tu ne vas pas t’en sortir… »
Je peux dire que ces deux français m’ont sauvé de l’abandon. Je repars doucement en passant le col. La descente est très engagée, on ne voit pas grand-chose à cause du brouillard. Je fais attention. Plus je descend  mieux je me sens malgré quelques nausées.
J’arrive à Rhêmes à 1738m et seulement 65km. Il est 7h du matin. Je me pose sur banc, en mangeant de la soupe et des pâtes. J’y reste au moins une bonne demi heure afin de récupérer de cette première nuit difficile et d’être assez frais avant de franchir le premier sommet à 3000m (Col Entrelor à 3002).

Je suis passé de la 170ème place à la 450ème au classement…

 

Lundi 12 Septembre: les  Hauts Sommets 

 

Le début de la montée se fait dans la forêt qui laisse place petit à petit aux rochers. Le soleil est présent entrecoupé de nuage, je décide de m’arrêter sur un pierre plate et de faire une petite sieste de 20’. Je somnole 15’ et je repars direction le sommet. La fin du col est très raide avec beaucoup de cailloux. Le passage se fait entre deux roches.

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Une bonne descente sur un bon single qui nous emmène à Eaux de Rousse (1654m). Je retrouve la famille sur le ravitaillement vers 13h30. Je leur raconte la nuit horrible que j’ai passée.

Je prends temps de manger, de me changer et de me reposer un peu dans l’herbe en fasse du 2ème des 3000m à franchir…

Après avoir repris des forces,  je visionne une vidéo que les potes de Valence ont réalisé pour l’occasion; ma motivation en est décuplée.  Je repars direction le Col Loson à 3299m soit le plus haut col de la course à franchir: ma plus grosse crainte par rapport au mal des montagnes… 1645m + à gravir !!! Il est environ 14h30-15h.

Le mal des montagnes est un syndrome de mauvaise acclimatation à l’altitude. Les symptômes sont céphalées, nausées, vomissements, insomnies et fatigue sévère.

Le début de la montée est plutôt tranquille puis très vite j’arrive au beau milieu de la montagne. Le ciel se couvre peu à peu. Avant de basculer sur la dernière grosse pente, je mets ma veste car le vent se lève et quelques gouttes se font sentir.

La dernière partie de l’ascension est très raide, j’avance à deux à l’heure mais côté sensation tout va bien. Je fais 100m et je m’arrête et ainsi de suite. Je regarde les autres qui font tous pareil. Je me dis je ne suis pas le seul à en baver.
L’arrivée au sommet se fait par de petites marches en fer, puis un petit single très raide en serpent. Le brouillard nous gâche un peu la beauté du paysage. On se regarde tous et on  se félicite. Je ne traine pas trop pour descendre car il y a pas mal de vent et pas envie d’avoir froid. Le chemin est propre sans grande difficulté. Arrivée au refuge Sella à 2585m, je m’alimente un peu, recharge en eau et continu à descendre, direction la seconde base de vie qui est à 8km. Il commence à faire nuit et la descente commence à être longue, 1000m. J’arrive dans une première ville et je me dis que le ravito n’est plus loin… Faux 4km interminable sur la route pas du tout agréable.

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Avant d’arriver à Cognes (1531m). Il est environ 21h quand j’arrive à la base de vie, fatigué.

Déjà 106 km effectués en 37h.

Je décide de m’arrêter pour dormir 1h afin de recharger les batteries, de prendre une douche et de bien manger. Dormir à Cogne fut très compliqué à cause du bruit. Du coup j’ai dû somnoler 30’ à peine. Mais bon le fait de se poser un peu stimule le morale, et de voir les enfants me rebooste pour la seconde nuit.
Je repars vers 23h30 et dit à Chris que si tout va bien je serai à la 3ème base de vie en fin de matinée au regard du profil.

 

Mardi 13 Septembre: Le jour le plus long

 

La montée au Col Fenêtre dit Champorcher (2827m) se fait relativement bien. J’avais peur de refaire une nuit difficile mais au final ça se passe bien. Je mets un peu plus de 7h pour franchir le col et redescendre à Chardonney (1450m) où il y a un gros ravito. Je mange une bonne assiette de pates et fais une sieste de 20’ accoudé à la table où j’ai mis mon téléphone à sonner pour me réveiller . Je repars avec le lever du soleil, pas un seul nuage à l’horizon, bref j’en prends plein la vue.

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Direction Donnas avec 1100m de dénivelé à descendre. J’ai de l’énergie pour courir dans la descente ce qui me permet de remonter quelques coureurs qui marchent. On traverse des coins magnifiques à travers des gorges. Le peu de sommeil se fait ressentir car j’ai réussi à confondre des blocs de rochers à des voitures !!! C’est en m’arrêtant et en regardant bien que j’ai vue en fait que c’était des rochers.

Les hallucinations sont fréquentes chez les ultra traileurs du fait du manque de sommeil.

Plus on descend dans la vallée plus on commence à ressentir la chaleur. Je fais un bout de la descente avec Laurent, avec qui je fais connaissance et sympathise bien. C’est un triathlète qui fait aussi des ultra dont la PTL, la TransGaulle.

Arrivé à Pontboset, petit ravito, je recharge en eau, Laurent lui continu la descente. Il fait de plus en plus chaud et il est environ 10h30. J’arrive dans une première ville, je regarde sur l’alti qui marque 400m, on doit être plus très loin, et là un panneau nous annonce Donnas à 1h et tout le chemin se fait au bord de la route !!! L’enfer, grosse chaleur, le parcours est affreux, bref je ne prends pas de plaisir.

J’arrive à la 3ème base de vie à 12h, 151km (330m) et 49h de course c’est l’altitude la plus basse du parcours.

 

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Chris n’est pas encore arrivée car pour se rendre à Donnas, il lui faut quasiment traverser la Vallée par l’autoroute.

En attendant, je récupère mon sac de vie, je mange. Puis je vois les enfants arriver. Je leur raconte la nuit ainsi que la descente. Ça sera la seule fois de la journée où je les verrai, car les prochains 50km se feront dans la montagne, peu accessible en voiture. Elle va en profiter pour découvrir le coin en direction de la prochaine base de vie. Je change de maillot, chaussettes, refait le plein de mon sac. Je repars vers 13h30, en plein soleil à travers différents villages avant de remonter vers les prochains sommets.

Cette première partie n’est pas très jolie,mais les sensations sont bonnes. La montée vers Sassa (1390m) se fait à travers la forêt, on traverse des prés. Quelques centaines de mètres avant le ravito, on entend les cloches et de nombreux spectateurs nous accueillent.  Ça fait du bien au moral.

4h pour faire 14km et 1050m+. Je mange un peu et continu en direction du refuge Coda à 2224m. La montée est magnifique, je passe dans une brèche et continu sur les crêtes jusqu’au refuge. Il est à peu près 20h30 quand j’arrive. Une assiette de pates et je décide de continuer jusqu’au prochain refuge et de dormir la bas.

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Je mets environ 3h pour faire 6,5km et me rendre au refuge Balma à 2040m. Le refuge est tout neuf et un bénévole nous explique qu’ils l’ont ouvert spécialement pour la course et qu’il ne le sera pour le public que fin septembre.
Je vais tout de suite prendre un lit pour dormir au moins une heure. C’est agréable, pas de bruit. Je mets a sonner le portable sous l’oreiller.
A peine endormi que j’entends le téléphone.

Une heure de sommeil. J’avais l’impression que ça faisait Seulement 5 minutes…

Je me lève, et descend pour grignoter un peu et bien me couvrir.

 

Mercredi 14 Septembre L’apparition des douleurs physiques et mentales

 

Il est environ 1h45 quand je repars. Il ne fait pas trop froid et le ciel est bien dégagé. J’enchaine sur deux cols à 2300m très techniques. J’ai l’impression de tourner en rond, il y a un peu de brouillard, bref je suis dans le dur. Le moral est en train de tomber.
Arrivé au Col della Vecchia à 2184, j’aperçois le ravitaillement. Une grande bâche entre des piquets, un grand feu de bois. Je mange des patates chaudes qui me calent un peu car je commençais à ne pas être bien… Je prends le temps de me réchauffer avant de repartir direction Niel.
Je commence à ressentir des douleurs sous le pied droit comme si on me tirait la peau. La descente est longue, on fait tout le tour de la montagne, il y a des parties où le chemin est boueux et la douleur dans la descente devient plus ou moins supportable.
Je traverse une forêt avant d’apercevoir le village de Niel (1573m) au milieu de celle-ci. Il est 8h. Je me pose à l’intérieur et m’endort la tête posée sur la table pendant 20’.
Je quitte le ravito vers 9h, le soleil commence à passer au-dessus des montagnes, ce qui me permet de me réchauffer.
Il y a encore 13km à faire, un col à franchir avant de retrouver Chris et les enfants qui vont me remonter le moral…
La montée au Col Lasoney à 2364m se fait plutôt bien. Je croise quelques randonneurs qui m’encouragent. Je bascule de l’autre côté. On descend sur de grand chemin au milieu de plaines herbeuses et des montagnes. Je ressens toujours cette douleur sous le pied droit.
Au ravitaillement de Loo (2075m) je suis accueilli en musique. Un grand barbecue est allumé, et l’on peut voir de belle côte de beauf et cuisse de poulets en train de cuir. J’en profite pour boire et manger quelques gâteaux secs avant de repartir. Il reste 7km de descente avant la base de vie.

J’arrive à Gressoney (1329m) à 13h, la 4ème base de vie, 206km en 73h de course le mercredi. Cette partie était la plus dure de la course avec 50km et 6000m de dénivelé positif.

Soit 24h dans la montagne très difficile.

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Je retrouve les enfants qui viennent à ma rencontre et Chris qui m’attend à l’entrée du gymnase. Je récupère le sac de vie et on s’installe sur une table. Je vais chercher un plateau, et je mange des crudités mais aussi des pâtes et de la viande. J’explique à Chris que je ressens une douleur sous le pied.

Je vais voir le kiné afin de me faire masser les jambes et me dire pourquoi j’ai mal… Erreur de débutant.
Quand je vais m’inscrire, il s’avère qu’il y a 10 personnes avant moi et que ça dure environ 20’ pour chacun… En fait, il aurait fallu que dès que j’arrive, j’aille m’inscrire au lieu d’aller manger…

Je prends mon mal en patience et j’attends mon tour. Ceux sont de jeunes kinés qui sont en stage sous la responsabilité d’un médecin. J’explique au médecin ma douleur. Il regarde et me dit que j’ai une grosse contracture au tibia qui est la cause des douleurs. La kiné me masse afin de relâcher les muscles.
Je sens que ça m’a fait du bien mais cette mauvaise gestion m’a coûté 1h d’attente pour rien. Je repars à 16h. Je devrai retrouver mon assistance à Champoluc dans 15km.
Il commence à pleuvoir, j’enfile la veste afin d’être un minimum au sec. Pendant que j’étais à la base de vie il a énormément plu. Du coup la première partie de la montée est assez glissante en sous-bois, puis plus j’avance et plus les conditions s’améliorent peu à peu mais ça reste très couvert.

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Dans les montées je ne ressens aucune douleur ce qui me permet de bien avancer. Le passage au Col Pinter à 2776m est super joli mais avec pas mal de vent. La pénombre commence à s’installer. La descente est très raide sur le début. Du coup j’essaye de descendre sur le côté afin de ne pas avoir mal. Je commence à distinguer les lumières en contre bas des premiers villages. Je traverse quelques pistes de ski avant de continuer la descente.
J’arrive à Champoluc vers 21h30 où je retrouve les enfants. Je décide de dormir une heure et demande à Chris de venir me réveiller. Je change les manchons qui me compressent les mollets surtout à la jambe droite. Ça commençait à faire un effet garrot à droite. Heureusement que j’avais laissé à Chris une paire de chaussette intégrale de compression.
Vers 23h, je repars et dis à Chris que l’on se retrouve à Oyace car la prochaine base de vie est dans 17km et que ce sera en pleine nuit, ce qui permettera de ne pas réveiller les enfants. Les autres ravitaillements se trouvent dans la montagne et non accessible en voiture.
La pluie se remet à tomber. Je m’arrête sous un abri afin de mettre le pantalon et les gants imperméables.  Il va pleuvoir une grande partie de la nuit.

 

Jeudi 15 Septembre In the rain 

Arrivé au refuge Grand Tourmalin à 2535m, je retrouve Laurent. On discute un peu. On se pose 20’ pour manger et on repart ensemble. On franchit le Col di Nana dans le brouillard. On ne voit rien à 50m à tel point que l’on a l’impression de voir les rochers volés !!!
Il fait froid. On est bien content d’être ensemble pour franchir le col et faire la descente. On arrive à Valtournenche (1526m) vers 5h30, 5ème base de vie à 239km après plus de 90h de course.
On décide de dormir 2h toute suite et de manger avant de repartir. Les lits sont installés dans un immense gymnase. Il n’y a pas de bruit. Même rituel, je mets mon téléphone et je rajoute l’alarme de la montre afin de me réveiller car la fatigue commence à s’accumuler.
Je me lève vers 8h. Le faite de dormir 2h d’affilée m’ont vraiment fait du bien et j’en avais besoin. On prend le temps de manger Laurent et moi. Une assiette de pates à 8h du matin c’est originale… et je lui dis qu’aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon petit garçons Tom qui à 6 ans et que je suis impatient de lui souhaiter…

On repart vers 9h sous la pluie. Elle nous suivra  toute la journée !!!!!

 

On monte plutôt bien jusqu’au Col fenêtre du Tsan à 2738m. Le faite d’être à deux nous motive et du coup on avance plus vite.
La descente du col est délicate sur le début, il y a pas mal de vent et c’est glissant. J’ai un peu de mal dans la descente.

On arrive au refuge Mogia à 2007m. On essaye de faire sécher une peu nos vestes, gants et de se réchauffer en buvant un thé bien chaud. Il s’est arrêté un peu de pleuvoir au moment où on quitte le refuge. On est parti pour franchir deux cols à 2700m. Le début de la montée se fait sur des chemins forestiers très boueux avec de nouveau  de la pluie..

Des grosses rafales de vents nous ralentissent. Je suis emmitouflé dans ma veste. On avance difficilement jusqu’au refuge Cuney à 2656m. On a fait 21km et 2000+ en 8h30…

On fait une courte pause afin de ne pas se refroidir en sortant du ravito. Il nous reste 300 m de montée avant d’arriver au sommet Clermont (2705m). Le vent se calme un peu mais le brouillard remonte. On mettra 30 min pour franchir le col Vessonaz situé à 2788m.

Arrivé au somment, on ne traîne pas pour descendre direction Oyace. Je sais que Chris et les enfants m’attendent en bas. 1300m de descente qui vont être difficile car ça me tire de plus en plus sous le pied.

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J’arrive vers 22h30 à Oyace. J’aperçois Chris que je n’avais pas vu depuis 24h. Je lui explique que j’ai de plus en plus mal sous le pied dans les descentes et que  ça va être très difficile d’aller au bout. Je prends le temps de manger et me reposer un peu mais sans dormir. On décide de repartir vers 23h30. Au regard de l’heure, je dis à Chris que l’on se retrouvera comme prévu à Saint Rémy. Au moment où je m’habille, un commissaire de course m’interpelle et me demande de lui montrer les sur gants, les crampons et la veste imperméable.

Je prends le temps de tout lui montrer en plaisantant un peu avec lui.

Chris m’explique après qu’un coureur s’était fait disqualifié car il n’avait pas les crampons… Je range tout et nous quittons avec Laurent le ravito. On fait quelques mètres en attaquant la montée que le même commissaire de course m’interpelle une seconde fois alors que l’on était à 100m du ravito et me redemande de lui montrer les crampons !!!!  J’ai cru que c’était une blague mais il était vraiment sérieux !!!

Il a dû penser que je l’avais emprunté lors du premier contrôle !!!! Je m’exécute et lui remontre. On reprend notre chemin en se disant au moins là il y a du sérieux dans l’organisation.

 

Vendredi 16 Septembre: The finish line

La première partie de la montée jusqu’au col est assez facile et pas trop raide, mais je commence à m’endormir en marchant et j’ai l’impression de ne pas marcher droit.

Je sens que je suis de plus en plus fatigué et ça devient très dur de rester éveiller.

Au milieu de la montée, il y a un petit ravitaillement. Je dis à Laurent que je vais m’arrêter 15mn afin de reprendre mes esprits avant de passer le col. Lui décide de continuer. Je prends le temps de boire un thé chaud et je  mange un gâteau puis je repars vers le sommet.
La deuxième partie est très raide et interminable, j’ai l’impression de tourner en rond et en plus on ne voit rien à part une grosse lumière nous montrant le sommet.
Je rattrape trois coureurs dans la dernière partie et arrive enfin en haut du col Brison à 2492m. Les bénévoles me demandent si ça va, si j’ai besoin de quelques choses et me préviens de faire attention dans la descente.

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Dès le col franchi, un épais brouillard s’installe dans la descente. Je ne vois rien à 10m. Il y a de grosses marches à franchir. Tout est trempé et ça glisse énormément.. C’est la première fois que je me sens pas du tout rassuré, peur de me faire mal sûrement dû à cette sensation de fatigue.

Je préfère prendre mon temps pour descendre. Plus j’avance et plus le brouillard est moins épais. J’arrive enfin vers 4h30 à Ollomont, 6ème et dernière base de vie à 287km. Je récupère mon sac et je vais directement me coucher pendant 2h. Les lits sont installés dans une grande tente chauffée.

Le réveil sonne à 7h. Je serai bien resté deux voir trois heures de plus allongé… La douleur sous le pied s’est atténuée un peu pendant le sommeil. Je m’ habille  et me dirige vers une salle afin de prendre un repas. Dehors, on distingue enfin un peu de ciel bleu. Je me suis dit que l’on va enfin avoir un peu de soleil et de la chaleur…

Comme guise de petit déjeuné, je me prends une bonne assiette de pâtes avec du blanc de poulet et pomme de terre à l’eau. Ça fait du bien de manger.  Je croise Laurent qui lui était arrivé 20mn plutôt dans la nuit. Je lui demande s’il est prêt à repartir afin que l’on termine ensemble ce périple. Je range toute mes affaires et redonne le sac aux bénévoles.

On quitte Ollomont vers 8h. Les derniers 40km restant ne sont pas de tout repos car on a encore deux beaux cols à franchir avant de redescendre sur Courmayeur.

On repart avec un peu de soleil et le début de la montée est progressif, mais très vite la pluie revient. Lorsqu’on arrive au refuge Campillon à 2433m, la température chute et la neige remplace la pluie. On s’arrête 10mn afin de s’habiller plus chaudement, mettre les sur-gants et le pantalon de pluie. Plus on monte vers le col plus les flocons grossissent. Avec Laurent, on se dit pourvu qu’il n’arrête pas la course comme il l’avait déjà fait l’année dernière à cause des conditions météo….

Lorsqu’on franchit le col de Champillon à 2709m, tout le sommet est déjà bien blanc La descente est relativement facile sur un bon chemin mais Laurent sent ses grosses ampoules et du coup me propose d’avancer plus vite si je veux. Sentant légèrement la douleur sous le pied, j’essaye de courir.
Il y a 1200m de descente avant d’arriver sur une grande partie assez plate qui m’emmène à Saint-Rhémy
La descente se passe bien malgré quelques tiraillements. Je croise Chris qui s’était arrêtée sur un parking pas loin du ravitaillement. Je lui dis qu’elle s’est trompée d’endroit et que le ravito est à 3km plus bas.

J’arrive à Saint-Rhémy vers 14h30. Déjà 308 km accompli.

Un bénévole m’emmène dans une salle chauffé afin de pouvoir me changer. Je dis à Chris « vivement la fin » car ça devient très très dur !!!! Je mange un peu et les quitte tous les 3, direction Courmayeur. J’ai envie d’arriver avant minuit…
Toute la première partie de la montée se fait tranquillement avec le soleil et la chaleur qui permet de sécher correctement.
Je vais mettre 2h pour faire 1000m+ et arriver au refuge Frassati à 2537m. De là, on distingue le dernier haut col avec de la neige. Je bois un thé et je repars aussitôt afin de passer le col du jour.

Arrivé à 2700m, la neige commence à tomber, et plus on monte plus elle s’intensifie. Il y a des endroits un peu glissant, je reste très vigilant afin de ne pas tomber.
Je franchi le col Malatra à 2936m par une petite via-ferrata pas très rassurante au vue des conditions.

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Aussitôt de l’autre côté, je pousse un cri de joie et me mets à pleurer comme un enfant qui n’a jamais vue de la neige.

Je sais que j’ai plus que 1700m de descente et j’aurai bouclé mon rêve, mon gros challenge…

La descente du col est très raid mais sur un bon single de cailloux. Je prends le temps car je ressens la douleur sous le pied.
J’arrive au refuge Malatra à 2325m, et je demande combien de temps il faut pour rejoindre Courmayeur. La personne me répond environ 4h pour faire 20km… « Ah oui quand même !!!! »

La descente pour arriver au refuge Bertone à 1940m est interminable. J’ai l’impression que l’on tourne en rond, on passe dans des endroits remplis de boue. On distingue plein de lumière en bas de la vallée sans jamais avoir l’impression de s’en rapprocher…
J’arrive enfin au refuge vers 22h. Le bénévole me dit qu’il y a une heure trente de descente difficile avant l’arrivée.

J’entame le chemin et effectivement tout le début est délicat, il y a plein de rochers , il faut être vigilant afin de ne pas taper et tomber.
J’ai de plus en plus mal sous le pied et je sens que tout le mollet droit est gonflé. Bref il est temps que j’arrive…

Je suis rejoins par un coureur roumain. On discute un peu ensemble. Lui aussi il est très fatigué et a hâte d’en terminer.
On descend ensemble jusqu’à l’entrée de Courmayeur. On entend les premiers applaudissements des spectateurs.

Il est 23h!

On entre dans les rues en marchant. Je ne peux plus courir, trop mal. Arrivé dans l’artère principale de Courmayeur qui va nous mener à l’arrivée, je suis rejoint par les enfants et Chris qui m’encourage..

Je franchi la ligne main dans la main avec Tom et Noa à 23h19 soit 133h19mn 15s pour 339km et 30908+

Le soulagement, les larmes de joies…. Je signe mon prénom comme tous les finishers sur l’affiche. Je vais enfin dormir, rêver et savourer……..

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Je tiens à remercier Sport Analyse de m’avoir soutenu et accompagné tout au long de ce projet.

 

Mots-clefs : expert, récit, tor des géants, trail, ultra